Quelles sont les causes de l’AOH

On trouve deux sous-types (2) différents d’AOH établis en fonction d’un défaut génétique sous-jacent qui contrôle la protéine sanguine de l’inhibiteur C1 estérase :

  • L’AOH de type I : Ce sous-type se caractérise par une diminution des taux de la protéine C1-INH fonctionnelle. Environ 80 à 85 % des patients souffrent de cette forme de maladie.
  • L’AOH de type II : Ce sous-type est associé à des taux normaux ou élevés de la protéine C1-INH dysfonctionnelle, ce qui provoque une diminution de l’activité du C1-INH.
  • L’AOH de type III : L’hypothèse d’un troisième sous-type a récemment été évoquée : l’AOH de type III qui se manifeste indépendamment de la déficience de la protéine C1-INH. Il s’agit d’un phénomène relativement rare qui touche surtout les femmes. Chez certains patients, on a trouvé une mutation du facteur XII. (15, 16-18)

L’angiœdème héréditaire de type I et de type II est causé par un défaut (mutation) du gène responsable de la production de la protéine de l’inhibiteur C1 estérase (C1-INH). Contrairement aux autres maladies héréditaires, un gène sain ne peut compenser le défaut d’un autre gène chez les patients atteints d’AOH. En conséquence, un enfant a 50 % de risques de développer l’AOH si un des parents présente une mutation génétique. (2,14)

Dans des conditions normales, le C1-INH contrôle la production corporelle de bradykinine, une hormone locale active qui joue un rôle important dans le contrôle de la dilatation (élargissement) et de la perméabilité des vaisseaux sanguins, par exemple, en réponse à une blessure ou une infection. Un dysfonctionnement de l’inhibiteur C1-INH ou une diminution de sa concentration entrainent la libération d’un excès de bradykinine, ce qui a pour effet de causer des enflures locales (œdèmes).

Au-delà du système de contact, le C1-INH joue également un rôle dans le système dit du complément qui fait partie des défenses immunitaires. Comme pour le système de contact, un stimulus externe, par exemple un corps étranger ou un microbe, déclenche une réaction en cascade qui vise à éliminer le facteur étranger.

Cette réaction en cascades est provoquée par la protéine C1, dont la contrepartie directe est le C1-INH. Le C1 est activé dès que le système immunitaire détecte un corps étranger, bien que ce processus soit aussi autoactivé dans une moindre mesure. Le C1 activé entraine à son tour l’activation d’une série d’autres facteurs du système du complément avec pour résultat l’élimination de l’agent pathogène.

Les infections, les blessures, les interventions chirurgicales ou le stress (8) peuvent aussi entrainer une consommation de C1-INH qui risque de produire une élévation du taux de bradykinine, ce qui causera la formation d’un œdème. Les médicaments qui font baisser la pression sanguine (les inhibiteurs de l’ECA) peuvent aussi provoquer un œdème. Le taux de bradykinine augmente lorsque sa dégradation est inhibée.

Le rôle de la bradykinine

La bradykinine est une hormone peptidique naturellement présente dans l’organisme. Elle comporte neuf acides aminés et se forme localement dans les tissus. Elle intervient dans le contrôle de la douleur en cas de blessure ou d’inflammation. Elle augmente la perméabilité des vaisseaux, dilate les capillaires et provoque la contraction des muscles lisses. Dans le cas d’angiœdème héréditaire, la bradykinine est le médiateur clé dans le déclenchement de l’enflure.

La bradykinine fait partie du sous-système de coagulation sanguine, connu sous le nom de système de contact que le C1-INH régule. Si les taux de bradykinine augmentent, les fluides traverseront les parois des vaisseaux vers les tissus avoisinants provoquant une enflure locale qui signale une crise d’AOH.

Une fois le système de contact activé par un stimulus externe, telle une blessure, une cascade complexe de réactions diverses se produit jusqu’à libération de la bradykinine. Le facteur XII et la kallikréine sont les facteurs principaux qui interviennent au niveau du système de contact.

Enfin, après s’être liée au récepteur, la bradykinine déclenche une série de réactions dans les tissus (19-23) :

  • La bradykinine augmente la perméabilité des vaisseaux (perméabilité vasculaire), ce qui permet aux liquides de s’infiltrer dans les tissus et de causer un œdème.
  • La bradykinine élargit les capillaires (vasodilatation) et fait baisser la pression sanguine.
  • La bradykinine entraine la contraction des muscles lisses des tissus, ce qui provoque des crampes et de la douleur.

Le C1-INH inhibe normalement (bloque) la réaction en cascade à deux moments : en empêchant l’autoactivation du facteur XII et en inhibant la libération de la bradykinine à partir du kininogène de haut poids moléculaire. En cas de déficit de C1-INH, la libération de bradykinine ne peut être efficacement contrôlée. Le taux de bradykinine augmente et l’œdème s’installe.